Le matin, on appuie sur l’interrupteur et la lumière s’allume. L’eau coule, le téléphone capte, la pharmacie est ouverte, les camions ont livré le supermarché pendant la nuit. Personne n’y pense, et c’est bien le signe que tout fonctionne.
Une rupture de normalité commence le jour où l’un de ces gestes ne donne plus rien. Parfois c’est une affaire de quelques heures et d’une rue. Parfois une région entière bascule pendant des semaines. Entre les deux, il y a toute une gamme de situations que le langage courant décrit mal. On parle de « crise » pour une grève des transports comme pour un séisme, et d’« effondrement » à propos de tout et de rien.
Cet article cherche à mettre de l’ordre là-dedans. Il passe en revue les grilles qu’utilisent déjà les institutions, montre ce que chacune mesure vraiment, et propose une classification pour décrire ce qui cesse de fonctionner : l’Indice de Rupture de Normalité, ou IRN. C’est une proposition de SEAB RAISE, en version expérimentale 0.1. Elle n’a rien d’officiel et n’est pas validée scientifiquement. Je la publie pour qu’elle soit discutée, critiquée et améliorée.
Ce qu’on appelle une rupture de normalité
L’expression circule beaucoup dans les milieux de la préparation, rarement avec une définition. Je propose celle-ci, qui servira de base à tout le reste :
Rupture de normalité : situation dans laquelle une ou plusieurs fonctions dont une population dépend au quotidien cessent d’être fiables, accessibles ou remplaçables, au point d’obliger les personnes, les organisations ou les autorités à sortir de leurs façons habituelles de faire.
Trois mots portent la définition. Fiable, parce qu’une eau qui coule mais qu’on doit faire bouillir n’est plus normale. Accessible, parce qu’un hôpital qui fonctionne mais qu’on ne peut plus rejoindre ne sert pas. Remplaçable, parce qu’une coupure de courant n’est pas une rupture pour le foyer qui a un groupe électrogène et du carburant, alors qu’elle en est une pour celui qui dépend d’un appareil médical branché sur le secteur.
Cette définition part des fonctions et des personnes, pas de l’événement qui les a touchées. Une tempête, une cyberattaque, une grève ou une pandémie peuvent produire la même privation. À l’inverse, un événement spectaculaire peut ne priver personne de rien s’il frappe une zone vide ou bien protégée.
Menace, crise, catastrophe, effondrement : ne pas tout mélanger
Le vocabulaire international le plus solide est celui du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR). Sa terminologie, établie avec le Cadre de Sendai 2015-2030 et adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 2 février 2017, définit la catastrophe comme « une perturbation grave du fonctionnement d’une communauté ou d’une société, à n’importe quelle échelle », due à des événements dangereux qui interagissent avec l’exposition, la vulnérabilité et les capacités (UNDRR, terminologie « Disaster »).
Deux précisions de ce texte comptent beaucoup ici. D’abord, l’échelle : une catastrophe peut être « à petite échelle » et ne toucher que des communautés locales. Ensuite, la capacité : l’effet d’une catastrophe « peut mettre à l’épreuve ou dépasser » la capacité d’une société à faire face avec ses propres ressources. La gravité ne se lit donc pas seulement dans les dégâts, elle se lit aussi dans l’écart entre les besoins et les moyens.
À partir de là, je distingue quatre notions :
- La menace (ou l’aléa) : ce qui pourrait arriver. Elle se mesure en probabilité et en intensité possible. Rien n’est encore cassé.
- La crise : une situation où l’organisation habituelle ne suffit plus et où il faut décider vite, dans l’incertitude. Une crise peut rester entièrement maîtrisée.
- La catastrophe, au sens de l’UNDRR : une perturbation grave du fonctionnement, avec des pertes humaines, matérielles, économiques ou environnementales.
- L’effondrement : un terme qui n’a pas de définition institutionnelle. Dans la littérature, il désigne une perte durable et généralisée des capacités d’une société à assurer ses fonctions essentielles, sans retour rapide. C’est le cas extrême, pas l’horizon naturel de toute crise.
La rupture de normalité traverse ces notions. Elle n’est pas une menace, puisqu’elle se constate. Elle commence souvent bien avant la catastrophe et peut s’arrêter très loin de l’effondrement.
Ce qui existe déjà pour mesurer
Il n’existe pas de grille unique de la rupture de normalité. Il existe en revanche plusieurs outils sérieux, construits pour des besoins précis. Je les classe selon ce qu’ils sont, parce qu’un référentiel institutionnel, une méthode scientifique, une doctrine opérationnelle et un modèle théorique ne s’utilisent pas de la même façon.
Les indices de risque : INFORM Risk et le registre national britannique
L’indice INFORM Risk, porté par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, compare les pays selon trois dimensions : aléas et exposition, vulnérabilité, manque de capacité à faire face. Le risque y est calculé comme une moyenne géométrique des trois, ce qui veut dire qu’un pays sans aucun aléa a un risque nul, quelle que soit sa vulnérabilité. C’est un outil de comparaison internationale et de priorisation. Il dit où une crise ferait le plus de dégâts, pas ce qui se passe aujourd’hui.
Le National Risk Register britannique, dont l’édition 2025 recense 89 risques, travaille sur des « scénarios du pire raisonnable ». Chaque risque reçoit une note de vraisemblance de 1 à 5 (de moins de 0,2 % à plus de 25 % de chances de se produire au moins une fois, sur cinq ans pour les risques non malveillants et deux ans pour les risques malveillants) et une note d’impact construite sur sept dimensions, dont les services essentiels (méthodologie du registre). L’outil sert à planifier. Il ne décrit pas une situation en cours.
Les indices de sévérité : INFORM Severity
INFORM Severity, mis en œuvre par l’ONG ACAPS avec la Commission européenne, mesure la gravité des crises humanitaires en cours. Il combine l’impact de la crise, les conditions des personnes touchées et la complexité de la situation, et range chaque crise dans cinq catégories, de « très faible » à « très élevée ». Les données sont reprises chaque mois et la méthode a été revue début 2026 (ACAPS, méthodologie). C’est l’outil le plus proche de ce que cherche l’IRN, mais il est conçu pour le monde humanitaire et pour des crises qui appellent une aide internationale.
Les classifications sectorielles : IPC et Sphere
Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) classe les zones en cinq phases : minimale, stress, crise, urgence, famine. Une zone est placée dans une phase quand au moins 20 % de sa population se trouve dans cette phase ou au-delà. La famine suppose trois seuils atteints ensemble : 20 % des ménages face à un manque extrême de nourriture, 30 % de malnutrition aiguë globale, et une mortalité de 2 décès pour 10 000 personnes par jour (FEWS NET, présentation de l’IPC). L’IPC est le modèle le plus abouti d’échelle par phases fondée sur des seuils mesurables. Il ne couvre qu’un secteur.
Le manuel Sphère (édition 2018) ne classe pas les crises. Il fixe des normes minimales de réponse humanitaire. Pour l’eau, par exemple, il retient au moins 15 litres par personne et par jour pour boire, cuisiner et se laver, un point d’eau à 500 mètres au plus et une attente de 15 minutes au plus. Ces normes sont précieuses pour l’IRN : elles disent à partir de quand un service, même rétabli, reste insuffisant.
Les dispositifs de mobilisation : OMS et ORSEC
L’Organisation mondiale de la santé gradue les urgences de « non gradée » à « grade 3 », avec des grades spécifiques pour les urgences prolongées au-delà de six mois. L’OMS le dit elle-même : ce grade est une procédure interne d’activation. Il mesure l’ampleur de la réponse que l’organisation doit fournir, pas la gravité de l’événement.
En France, le dispositif ORSEC (organisation de la réponse de sécurité civile), refondu par la loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile et le décret du 13 septembre 2005, est une organisation permanente qui « monte en puissance » selon les besoins, sous l’autorité du préfet (IRMA, présentation du dispositif). Il comprend des dispositions générales, valables pour tout événement, et des dispositions spécifiques à certains risques, aux niveaux départemental, zonal et maritime. C’est une doctrine opérationnelle : elle dit qui fait quoi, pas à quel point la situation est dégradée.
Les outils de stabilisation et de continuité : FEMA et ISO 22301
L’agence fédérale américaine de gestion des urgences (FEMA) a construit sa réponse autour de « lignes de vie » communautaires : sécurité, alimentation et hébergement, santé, énergie, communications, transports, matières dangereuses, et depuis 2023 les réseaux d’eau, soit huit au total (FEMA, Community Lifelines). Chaque ligne de vie reçoit un statut de couleur : gris quand on ne connaît pas l’étendue de la perturbation, rouge quand le service est perturbé sans solution identifiée, jaune quand une solution est en cours, vert quand le service est stabilisé (Incident Stabilization Guide, 2019). C’est l’approche la plus proche de l’IRN dans son découpage par fonctions. Elle sert à piloter la réponse, pas à comparer des situations.
La norme ISO 22301 (édition 2019, amendée en 2024) encadre la continuité d’activité des organisations. Elle apporte une notion clé : la durée maximale d’interruption acceptable, au-delà de laquelle les conséquences deviennent inacceptables. Le vocabulaire de référence de la famille de normes est l’ISO 22300, dont une nouvelle édition est parue en 2025. Pensée pour une entreprise, cette idée de durée tolérable se transpose très bien à un foyer ou à un territoire.
Les données de violence : ACLED
Le projet ACLED recense les événements de violence politique dans le monde. Son indice des conflits combine quatre indicateurs : la létalité, le danger pour les civils, la diffusion géographique et la fragmentation des groupes armés. Les pays sont ensuite rangés en niveaux « extrême », « élevé », « turbulent » ou faible. Pour la dimension sécurité physique de l’IRN, c’est une source de données directe.
Un modèle théorique : les cinq stades d’Orlov
Dans The Five Stages of Collapse (New Society Publishers, 2013), Dmitry Orlov décrit une succession d’effondrements : financier, commercial, politique, social, puis culturel, chaque stade marquant la perte de confiance dans une institution ou dans les autres (compte rendu sur Resilience.org). Le modèle est stimulant et souvent cité. C’est un essai, pas une méthode de mesure : il ne propose ni indicateurs ni seuils, et il suppose un enchaînement que les crises réelles respectent rarement.
Ce que chaque grille voit, et ce qu’elle ne voit pas
| Référentiel | Organisme ou auteur | Ce qu’il mesure | Graduation | Périmètre | Points forts | Limites | Apport à l’IRN |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Terminologie de Sendai | UNDRR, ONU (2017) | Définitions communes | Pas d’échelle | Mondial | Vocabulaire partagé, définition de la catastrophe par la capacité | Ne classe rien | Définitions de base |
| INFORM Risk | Commission européenne (JRC) | Risque de crise par pays | Indice continu, trois dimensions | Pays | Méthode publique, comparable | Ne décrit pas une crise en cours | Modèle pour IRN-R |
| INFORM Severity | ACAPS et Commission européenne | Gravité des crises humanitaires | Cinq catégories | Crises humanitaires | Mesure l’existant, mise à jour mensuelle | Peu adapté aux pays riches | Structure impact, conditions, complexité |
| National Risk Register | Gouvernement britannique (2025) | Vraisemblance et impact de scénarios | 1 à 5 sur chaque axe | Royaume-Uni | Seuils de vraisemblance explicites | Scénarios, pas situations | Séparer probabilité et gravité |
| Community Lifelines | FEMA (États-Unis) | État des fonctions vitales | Gris, rouge, jaune, vert | Opération de réponse | Découpage par fonctions | Statut de pilotage, pas de mesure | Dimensions de l’IRN-D |
| IPC | Partenariat IPC | Insécurité alimentaire aiguë | Cinq phases avec seuils | Alimentation | Seuils chiffrés, règle des 20 % | Un seul secteur | Modèle de règle de classement |
| Sphère | Sphere Association (2018) | Normes minimales d’aide | Seuils par secteur | Humanitaire | Seuils concrets (eau, abri, santé) | Ne classe pas les crises | Durées et quantités tolérables |
| Grades OMS | OMS (cadre 2024) | Niveau de réponse de l’OMS | Non gradé, grades 1 à 3 | Santé | Clair, rapide | Mesure la réponse, pas la gravité | Rappel : réponse et gravité diffèrent |
| ORSEC | État français (2004-2005) | Organisation des secours | Montée en puissance | France | Doctrine éprouvée | Pas d’échelle de gravité | Lien avec l’IRN-C |
| ISO 22301 | ISO (2019, amendée 2024) | Continuité d’activité | Durées et objectifs de reprise | Organisations | Notion de durée tolérable | Pensé pour l’entreprise | Ratio de durée |
| Indice ACLED | ACLED | Violence politique | Extrême, élevé, turbulent | Pays | Données fines et récentes | Violence seulement | Données pour D5 |
| Cinq stades | D. Orlov (2013) | Récit d’effondrement | Cinq stades successifs | Théorique | Pense la confiance | Ni indicateurs ni seuils | Dimension D8 et D6 |
Ce tableau fait apparaître cinq confusions fréquentes.
Une échelle de menace ne mesure pas une rupture. Un pays très exposé aux séismes peut vivre des années sans perte de service. INFORM Risk et le registre britannique répondent à la question « que pourrait-il arriver ? », pas à « que se passe-t-il ? ». Mélanger les deux fait passer une inquiétude pour un constat.
Un dispositif de mobilisation n’est pas une échelle d’effondrement. Le grade 3 de l’OMS ou le déclenchement d’un plan ORSEC disent que les moyens montent en puissance. Une réponse massive peut même signaler que la situation est tenue. Lire un niveau de réponse comme un niveau de gravité inverse souvent le sens des choses.
Une crise grave peut rester très localisée. Une submersion qui tue des dizaines de personnes dans une commune est une catastrophe pour ce territoire, alors que le reste du pays fonctionne normalement. La gravité et l’étendue sont deux informations différentes, qu’il faut donner séparément.
Une dégradation économique ne prive pas forcément de l’essentiel. Une récession, une inflation forte ou une pénurie sur certains produits peuvent peser lourd sans que l’eau, la santé ou la sécurité cessent de fonctionner. Elles fragilisent, elles réduisent les marges. Elles ne suffisent pas à elles seules à parler de rupture des fonctions vitales.
Le rétablissement doit être regardé à part. Deux territoires frappés de la même façon peuvent revenir à la normale en trois jours ou en un an, selon les réserves, les réseaux de secours, les finances publiques et l’état des infrastructures. Une seule note qui mélangerait gravité du moment et capacité de rebond ne dirait ni l’une ni l’autre.
Pourquoi aucune grille ne suffit
Chacun de ces outils fait bien ce pour quoi il a été conçu. Aucun n’a été conçu pour répondre à une question simple : dans ce territoire, pour cette population, qu’est-ce qui ne fonctionne plus, depuis combien de temps, et qu’est-ce qui permet de tenir ?
Les indices de risque regardent l’avenir. Les indices humanitaires regardent les crises qui dépassent un pays. Les classifications sectorielles ne voient qu’un secteur. Les dispositifs opérationnels décrivent la réponse. Les modèles théoriques racontent une trajectoire sans la mesurer. Il manque une grille qui parte des fonctions du quotidien, qui fonctionne aussi bien pour une commune française que pour une région en guerre, et qui sépare clairement trois choses que le débat public confond sans cesse : le risque, la dégradation, la capacité à s’en sortir.
L’Indice de Rupture de Normalité, version 0.1
Statut : l’IRN est une proposition méthodologique de SEAB RAISE, en version expérimentale 0.1. Ce n’est ni une norme, ni un référentiel officiel, ni une méthode validée. Les dimensions, pondérations et seuils présentés ici sont des hypothèses de travail. Aucune institution citée dans cet article ne les a établis ou approuvés.
L’IRN reprend des idées éprouvées ailleurs : le découpage par fonctions des lignes de vie de la FEMA, la règle de classement par proportion de population de l’IPC, la notion de durée tolérable de l’ISO 22301, la séparation entre risque et gravité du registre britannique. Il les assemble dans un cadre unique, pensé pour décrire une situation réelle à n’importe quelle échelle.
Trois composantes à ne jamais fusionner

IRN-R, le risque de rupture. Il évalue ce qui pourrait se produire : les menaces, l’exposition, les vulnérabilités, les fragilités de structure comme une dépendance à un seul réseau ou à un seul fournisseur. C’est une estimation, qui s’exprime en probabilité et en scénarios. Les outils existants, INFORM Risk en tête, y suffisent souvent.
IRN-D, la dégradation observée. C’est le cœur de l’indice. Il mesure ce qui se passe réellement : les services indisponibles, les privations, la part de la population touchée, la durée. C’est lui qui donne le niveau de N0 à N5.
IRN-C, la capacité de continuité et de rétablissement. Il mesure ce qui permet de tenir et de revenir : les réserves, les solutions de remplacement, les moyens de secours, les capacités des institutions, les perspectives de retour à un fonctionnement acceptable.
Ces trois composantes répondent à trois questions différentes et doivent être publiées côte à côte, jamais additionnées. Un territoire peut avoir un risque élevé, aucune dégradation et une forte capacité. Un autre peut être en dégradation sévère avec une capacité qui laisse espérer un retour rapide. Les fondre en une seule note ferait disparaître exactement ce qu’on cherche à comprendre.
Les huit dimensions de la dégradation
L’IRN-D observe huit dimensions. Chacune reçoit un score de 0 à 5 et une pondération expérimentale, qui ne sert qu’au score composite présenté plus loin. Ces poids reflètent une idée simple : ce qui conditionne la survie immédiate pèse plus lourd. Ils restent provisoires et devront passer par une analyse de sensibilité.

| Code | Dimension | Poids | Exemples d’indicateurs observables | Sources de données possibles |
|---|---|---|---|---|
| D1 | Eau, alimentation, hébergement | 20 % | Part de la population sans eau potable, sans accès à l’alimentation, sans logement habitable | Opérateurs d’eau, ARS, préfectures, IPC, recensements de sinistrés |
| D2 | Santé et secours | 15 % | Établissements de santé fermés ou saturés, délais d’intervention des secours, ruptures de médicaments | ARS, SAMU, OMS, ANSM |
| D3 | Énergie et infrastructures | 15 % | Foyers sans électricité, sans gaz, sans chauffage ; ouvrages endommagés | Gestionnaires de réseau (Enedis, RTE), opérateurs |
| D4 | Communications et transports | 10 % | Couverture mobile et internet perdue, routes coupées, transports à l’arrêt | Opérateurs télécoms, Arcep, gestionnaires routiers |
| D5 | Sécurité physique | 15 % | Danger direct pour les personnes : violences, zones inaccessibles, dangers persistants | Forces de l’ordre, ACLED, préfectures |
| D6 | Institutions et gouvernance | 10 % | Services publics à l’arrêt, décisions impossibles, état civil ou justice interrompus | Collectivités, administrations |
| D7 | Économie et approvisionnement | 10 % | Ruptures de stocks, paiements impossibles, carburant rationné, activité arrêtée | Banque de France, distributeurs, INSEE |
| D8 | Cohésion sociale | 5 % | Confiance, entraide ou au contraire tensions, rumeurs, refus des consignes | Enquêtes, observations de terrain, médias |
D1. Eau, alimentation, hébergement
C’est le socle. Sans eau potable, une population tient quelques jours. Sans abri, en hiver, quelques heures peuvent suffire à mettre des personnes en danger. Les normes Sphère donnent ici les meilleurs repères : 15 litres par personne et par jour en usage courant, 2,5 à 3 litres pour la seule boisson et l’alimentation. La limite de mesure est connue : un réseau peut fonctionner sans que l’eau soit potable, et les statistiques de raccordement ne le disent pas. Les avis de restriction ou d’ébullition sont souvent un meilleur indicateur que l’état des canalisations.
D2. Santé et secours
Elle couvre l’accès aux soins et la capacité des secours à intervenir. Elle dépend fortement des autres : un hôpital sans électricité tient sur ses groupes, puis sur son carburant, puis plus du tout. Les indicateurs les plus parlants sont les délais d’intervention et les transferts de patients. Une partie des effets n’apparaît qu’après coup, dans les chiffres de surmortalité, ce qui rend la mesure en temps réel difficile.
D3. Énergie et infrastructures
L’électricité est la fonction dont dépendent presque toutes les autres : pompage de l’eau, chaîne du froid, télécommunications, paiement, chauffage. Les gestionnaires de réseau publient des chiffres précis de foyers coupés, ce qui en fait la dimension la mieux mesurée. C’est aussi celle qui déclenche le plus d’effets en cascade, et le principal piège de double comptage : une coupure d’eau causée par une coupure d’électricité doit être comptée une fois en D1 et une fois en D3, en sachant d’où elle vient.
D4. Communications et transports
Elle mesure la capacité à joindre et à se déplacer. Une perte de réseau mobile isole les personnes, empêche les appels d’urgence et coupe les paiements par carte. Des routes coupées bloquent les livraisons et les évacuations. Les opérateurs disposent des données, mais les publient rarement en détail pendant l’événement.
D5. Sécurité physique
Elle regarde les dangers directs pour les personnes : violences, pillages, zones rendues inaccessibles par un danger persistant, conflit armé. Dans un pays en paix, elle reste souvent à 0 même pendant une catastrophe naturelle majeure. Dans une guerre, elle peut dominer tout le reste. Les données d’ACLED sont précieuses, mais elles comptent des événements, pas des personnes privées de sécurité.
D6. Institutions et gouvernance
Elle mesure la capacité des pouvoirs publics à décider et à servir : mairies, préfectures, état civil, justice, ordre public administratif. Elle compte peu au début d’une crise naturelle et devient décisive quand la crise dure. C’est une dimension difficile à mesurer sans tomber dans le jugement politique, et je la garde volontairement à un poids modeste dans cette version.
D7. Économie et approvisionnement
Elle couvre la circulation des biens et de l’argent : stocks des magasins, carburant, paiements, salaires. Comme expliqué plus haut, une dégradation économique ne suffit pas à parler de rupture vitale. Elle devient déterminante quand elle empêche concrètement d’acheter de quoi manger, se chauffer ou se soigner.
D8. Cohésion sociale
C’est la dimension la plus fragile à mesurer, d’où son poids de 5 %. Elle compte pourtant : l’entraide entre voisins peut compenser une partie des autres manques, et sa disparition aggrave tout. Les sources sont qualitatives, ce qui impose de signaler un niveau de confiance faible sur ce score.
Les effets en cascade
Les dimensions ne sont pas indépendantes. L’électricité alimente les pompes, les pompes l’eau, l’eau les hôpitaux. Pour éviter de compter trois fois la même cause, chaque relevé de l’IRN-D doit noter l’origine probable de la défaillance. Le score mesure la privation subie dans chaque dimension. L’analyse des causes se fait à côté, sous forme de chaîne de dépendances.
L’échelle N0 à N5

Les six niveaux décrivent l’état d’un territoire défini, à un moment donné. Ce ne sont pas des étapes obligatoires : une situation peut sauter un niveau, se stabiliser, revenir en arrière ou évoluer différemment d’une commune à l’autre. Les exemples sont des illustrations génériques, pas des cas notés.
N0. Normalité fonctionnelle
Définition. Toutes les fonctions essentielles sont disponibles. Les incidents existent mais sont absorbés par les mécanismes habituels, sans mesure exceptionnelle.
Ce qu’on observe. Pannes ponctuelles réparées dans les délais normaux, services d’urgence dans leurs délais habituels.
Conséquences possibles. Aucune pour la population en dehors des personnes directement concernées par un incident.
Exemple illustratif. Une rue privée d’électricité pendant une heure pour un chantier, avec un préavis.
Limite. La normalité n’est pas la même partout. Un territoire isolé vit parfois en N0 avec des délais qui seraient anormaux en ville.
N1. Dégradation contenue
Définition. Des perturbations apparaissent, mais des solutions de remplacement maintiennent les fonctions essentielles pour presque toute la population.
Ce qu’on observe. Coupures localisées, réseaux saturés, distributions d’eau en bouteille ponctuelles, trafic perturbé.
Conséquences possibles. Gêne réelle, surtout pour les personnes fragiles. Peu ou pas de privation durable.
Exemple illustratif. Une tempête prive quelques milliers de foyers de courant pendant une journée, les secours fonctionnent normalement.
Limite. La frontière avec N0 dépend de ce qu’on considère comme « habituel ». Un territoire habitué aux tempêtes absorbe sans bruit ce qui en déstabiliserait un autre.
N2. Rupture sectorielle
Définition. Une fonction essentielle est nettement dégradée pour une partie significative de la population. Les conséquences sont visibles et demandent des mesures inhabituelles.
Ce qu’on observe. Une dimension atteint un score de 3 ou plus. Les autorités prennent des mesures spécifiques : distribution d’eau organisée, centres d’hébergement, restrictions.
Conséquences possibles. Privations réelles dans un domaine, premiers effets sur la santé des personnes vulnérables.
Exemple illustratif. Un avis de ne pas consommer l’eau du robinet pendant plusieurs jours sur une agglomération, le reste fonctionnant.
Limite. Un seul secteur touché peut cacher une forte gravité locale. Le niveau doit toujours être accompagné de l’étendue.
N3. Crise multisectorielle
Définition. Plusieurs fonctions essentielles sont touchées en même temps. Les interdépendances aggravent la situation et les capacités locales sont fortement sollicitées, parfois dépassées.
Ce qu’on observe. Au moins deux dimensions à 3 ou plus. Renforts extérieurs, décisions de crise en continu, effets en cascade visibles.
Conséquences possibles. Privations combinées, hausse des urgences médicales, population qui dépend des secours pour une partie de ses besoins.
Exemple illustratif. Une vague de froid prive un territoire d’électricité, ce qui coupe le chauffage, puis l’eau là où les pompes s’arrêtent, et sature les hôpitaux.
Limite. Le nombre de dimensions touchées ne dit pas tout. Deux dimensions à 3 sur une petite commune ne valent pas deux dimensions à 3 sur une région.
N4. Rupture systémique majeure
Définition. Les défaillances se propagent d’un secteur à l’autre. Une part importante de la population ne peut plus accéder normalement à certains besoins vitaux.
Ce qu’on observe. Dimensions vitales (D1, D2, D5) à 4 ou plus, plusieurs autres dimensions à 3 ou plus, durée qui dépasse ce qui est tolérable.
Conséquences possibles. Surmortalité probable, déplacements de population, dépendance forte à l’aide extérieure.
Exemple illustratif. Un cyclone détruit l’essentiel du réseau électrique d’une île : eau, soins, communications et approvisionnement restent dégradés pendant des mois.
Limite. Les données manquent presque toujours à ce niveau. Le niveau de confiance doit être publié, et il sera souvent faible.
N5. Désorganisation sociétale profonde
Définition. Plusieurs fonctions vitales sont durablement compromises. Les capacités des institutions et de l’économie à rétablir la situation sont profondément atteintes.
Ce qu’on observe. Dimensions vitales à 5, institutions et économie à 4 ou plus, absence de perspective claire de rétablissement.
Conséquences possibles. Mortalité élevée et durable, effondrement des services publics, économie de survie.
Exemple illustratif. Un territoire en guerre ouverte depuis des mois, sans administration fonctionnelle ni approvisionnement régulier.
Limite. C’est le niveau le plus chargé émotionnellement et le plus sujet aux abus. Il ne doit être attribué qu’avec des données solides et une règle publique.
Indicateurs, seuils et calcul
Le score d’une dimension : combien de personnes privées
Pour chaque dimension, le premier indicateur est la part de la population du territoire privée du service en question. Je propose ces seuils expérimentaux :
| Score | Part de la population privée du service |
|---|---|
| 0 | moins de 0,1 % |
| 1 | de 0,1 % à moins de 1 % |
| 2 | de 1 % à moins de 5 % |
| 3 | de 5 % à moins de 20 % |
| 4 | de 20 % à moins de 50 % |
| 5 | 50 % et plus |
Ces seuils suivent une progression à peu près géométrique, comme ceux du registre britannique, parce qu’une privation qui passe de 1 % à 5 % de la population change la nature du problème plus qu’un passage de 40 % à 44 %. Le seuil de 20 % rejoint volontairement la règle de l’IPC. Ils ne s’appliquent pas tels quels à tous les secteurs : être privé d’internet et être privé d’eau ne pèsent pas la même chose pour 5 % des habitants.
Un point de méthode que je corrige par rapport au cadrage de départ : ces pourcentages n’ont de sens que si le territoire est défini avant le calcul. 0,1 % de la population française représente environ 68 000 personnes. Dans une commune de 2 000 habitants, c’est deux personnes. L’IRN se calcule donc toujours pour une unité d’analyse déclarée (commune, département, région, pays), et la même situation peut être N3 à l’échelle d’un département et N1 à l’échelle du pays. C’est voulu.
La durée : le ratio R
Une privation de six heures et une privation de six jours n’ont pas la même gravité. L’IRN utilise un ratio :
R = durée effective d'interruption / durée maximale tolérable
La durée maximale tolérable, notion reprise de la continuité d’activité, dépend du service, de la population et des solutions de remplacement. L’eau potable ne se tolère pas longtemps. L’électricité se tolère plus ou moins selon la saison et selon qu’il y a, dans les foyers, des personnes dont la santé dépend d’un appareil. Les normes Sphère et l’IPC fournissent des repères. Pour le reste, ces durées sont à documenter secteur par secteur, et je préfère le dire que d’inventer des chiffres.
À titre expérimental, je propose d’ajuster le score de proportion selon R : un cran de moins si R reste inférieur à 0,5, aucun changement entre 0,5 et 1, un cran de plus au-delà de 1, sans dépasser 5 ni descendre sous 0. Cette règle est un choix de conception de SEAB RAISE, à tester.
Les règles d’alerte non compensatoires
Certaines privations ne se discutent pas. Je propose trois règles qui priment sur tout calcul :
- Si une dimension vitale (D1, D2 ou D5) atteint 5, la situation est signalée en alerte vitale, quel que soit le score composite.
- Si une dimension vitale atteint 4 avec R supérieur à 1, le niveau global ne peut pas être inférieur à N3.
- Si une seule dimension atteint 3 ou plus, le niveau global ne peut pas être inférieur à N2.
Le score composite et ses limites
Pour comparer des situations, on peut calculer un score composite sur 100 :
IRN-D100 = 20 × Σ (wi × si)
wi : poids de la dimension i (somme des poids = 1)
si : score de la dimension i, de 0 à 5
La formule est simple, et c’est justement son défaut. Une moyenne pondérée laisse les bons résultats compenser les mauvais. Prenons un territoire où personne n’a plus d’eau potable (D1 à 5) mais où tout le reste fonctionne : le score composite vaut 20 × 0,20 × 5 = 20 sur 100. Un territoire où toutes les dimensions sont légèrement dégradées, à 2 partout, obtient 40. Le second paraît deux fois plus grave que le premier, alors que le premier est le seul où des vies sont en danger dans les jours qui viennent.
C’est pourquoi le score composite ne doit jamais être converti directement en niveau N0 à N5, ni publié seul. Une évaluation IRN-D complète comprend :
- le score composite sur 100 ;
- le score maximal parmi les huit dimensions, et laquelle ;
- le niveau global, attribué selon des règles documentées comme celles décrites plus haut ;
- l’étendue géographique et la population de l’unité d’analyse ;
- la durée écoulée et le ratio R des dimensions principales ;
- la tendance : amélioration, stabilité ou aggravation ;
- le niveau de confiance dans les données, de faible à élevé.
Trois situations réelles, lues avec l’IRN
J’ai choisi trois événements bien documentés et très différents. Je ne leur attribue pas de score : les données publiques ne permettent pas de remplir proprement les huit dimensions, et un chiffre donné sans base aurait l’air précis tout en étant inventé. La lecture reste qualitative. Elle montre ce que la grille fait apparaître.
Xynthia, février 2010 : très grave, très localisé
Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, la tempête Xynthia combine vents violents, forte marée et surcote sur le littoral atlantique. Le rapport de la mission d’information du Sénat (rapport Anziani, juillet 2010) retient 47 morts en France, dont 29 en Vendée dans le secteur de La Faute-sur-Mer, et près de 200 kilomètres de digues endommagés.
Lu avec l’IRN, Xynthia montre le décalage entre gravité et étendue. À l’échelle de quelques communes vendéennes et charentaises, l’hébergement (D1), la sécurité physique face à la submersion (D5) et les secours (D2) sont très fortement touchés en quelques heures. À l’échelle du pays, l’essentiel fonctionne. Une échelle unique, sans unité d’analyse, aurait soit sous-estimé le drame local, soit exagéré la situation nationale. C’est aussi un cas où l’IRN-R avait beaucoup à dire avant : les victimes vivaient pour la plupart dans des maisons construites en zone basse, derrière des digues. Après la tempête, l’État a racheté ou exproprié des habitations dans les secteurs les plus exposés.
Texas, février 2021 : une cascade à partir de l’énergie
Mi-février 2021, une vague de froid exceptionnelle frappe le Texas. Selon le rapport final des régulateurs fédéraux (FERC et NERC), plus de 4,5 millions de personnes perdent l’électricité, parfois pendant quatre jours, et l’opérateur du réseau ordonne 20 000 mégawatts de délestages tournants, le plus important délestage manuel de l’histoire des États-Unis. Les défaillances viennent pour l’essentiel du gel des installations et des problèmes d’approvisionnement en gaz. Les services de santé de l’État ont retenu 246 décès, dont environ deux tiers liés au froid (Texas DSHS, rapport de mortalité).
C’est l’exemple type de la cascade : l’énergie (D3) tombe, le chauffage suit, puis l’eau là où les pompes et le traitement s’arrêtent (D1), puis la santé (D2), avec les hypothermies. Le ratio R explique la gravité : une coupure de quelques heures aurait été supportable, plusieurs jours par grand froid ne l’étaient pas pour des foyers sans autre moyen de chauffage. L’IRN-C aussi parle : le réseau texan, peu interconnecté avec ses voisins, avait peu de solutions de secours.
Porto Rico, ouragan Maria, 2017 : le temps du rétablissement
Le 20 septembre 2017, l’ouragan Maria touche Porto Rico en catégorie 4. Le réseau électrique de l’île s’effondre. Selon une analyse du Rhodium Group publiée en avril 2018, la panne cumulait alors 3,4 milliards d’heures-clients perdues, ce qui en ferait la deuxième plus grande panne d’électricité au monde (Rhodium Group). L’opérateur annonce le rétablissement de tous les foyers raccordés à la mi-août 2018, près de onze mois après. Une étude de l’université George Washington, commandée par le gouvernement de Porto Rico, estime à 2 975 le nombre de décès en excès entre septembre 2017 et février 2018, quand le bilan officiel initial était de 64 (GW Milken Institute School of Public Health).
Ce cas justifie à lui seul de traiter l’IRN-C à part. La gravité immédiate est extrême, mais c’est surtout la durée qui tue : soins interrompus, chaîne du froid perdue, eau mal assurée, pendant des mois. Il montre aussi la limite de la mesure en temps réel. L’ampleur de la dimension santé (D2) n’est apparue qu’avec des études de surmortalité publiées près d’un an plus tard. Pendant la crise, un IRN-D calculé avec les chiffres officiels aurait été trop optimiste, et son niveau de confiance aurait dû être affiché comme faible.
Limites et chemin vers une validation
L’IRN 0.1 est un cadre de lecture et de recherche. Ce n’est pas un instrument de mesure certifié, et il ne prédit rien. Pour qu’il le devienne, il manque beaucoup de travail, que je liste sans détour :
- Définir chaque indicateur : ce qu’on compte exactement, dans quelle unité, à quel moment.
- Tracer les sources : pour chaque score, d’où vient la donnée et à quelle date.
- Justifier les seuils : les confronter aux normes sectorielles et à des crises passées, dimension par dimension.
- Traiter les données manquantes : une dimension sans donnée doit être signalée comme inconnue, à la manière du statut gris de la FEMA, et non notée 0.
- Modéliser les cascades : décrire les dépendances entre dimensions pour séparer cause et effet.
- Empêcher le double comptage : une même privation ne doit pas gonfler plusieurs scores sans que ce soit visible.
- Tester l’accord entre évaluateurs : plusieurs personnes notant la même situation avec les mêmes données doivent arriver à des niveaux proches.
- Mener des analyses de sensibilité : vérifier comment le niveau change quand on modifie les poids et les seuils.
- Comparer avec l’existant : confronter les résultats à INFORM Severity, à l’IPC et aux statuts des lignes de vie.
- Tester sur des crises historiques documentées, en publiant les données et les choix faits.
- Publier une méthode reproductible, versionnée, avec ses changements.
Il y a aussi des limites de fond. L’IRN mesure des privations collectives et dit peu de chose des situations individuelles : un foyer peut vivre une rupture totale dans un territoire noté N1. Il dépend de données que les opérateurs et les autorités ne publient pas toujours. Et il ne saisit pas tout ce qui fait la gravité d’une crise pour ceux qui la vivent : la peur, le deuil, l’incertitude ne rentrent pas dans un pourcentage.
Ce qu’il faut retenir
Une rupture de normalité n’est pas forcément spectaculaire. Elle commence quand des fonctions sur lesquelles on compte cessent d’être fiables, accessibles ou remplaçables. Souvent par une seule, puis par celles qui en dépendent.
Pour la comprendre, il faut sortir des récits d’effondrement et regarder les fonctions réelles d’une société : l’eau, les soins, l’énergie, les liaisons, la sécurité, les institutions, l’approvisionnement, les liens entre les gens. Les grilles qui existent font très bien une partie de ce travail. Aucune ne le fait en entier.
L’IRN est une première proposition pour organiser cette observation, distinguer les degrés de rupture et rendre les situations comparables, en séparant toujours ce qui pourrait arriver, ce qui arrive et ce qui permet de s’en sortir. Il sera revu, et toute critique argumentée est la bienvenue.
Pour un foyer, la traduction est directe. Se préparer commence par savoir ce qui peut cesser de fonctionner chez soi, et combien de temps on peut s’en passer. C’est ce que font, à leur échelle, les guides Coupure de courant : tenir 72 heures, Réserves d’eau à la maison et Quand les réseaux tombent. Le témoignage de Bosnie montre ce qu’une rupture longue fait concrètement à une maison.
Sources
Liens vérifiés le 2 novembre 2026. Le statut indique la nature de chaque source.
- UNDRR, terminologie « Disaster », terminologie de Sendai adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 2 février 2017. Référentiel institutionnel.
- UNDRR, Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030. Référentiel institutionnel.
- Commission européenne, JRC, INFORM Risk, méthodologie. Méthode documentée.
- Commission européenne, JRC, INFORM Severity, méthodologie et ACAPS, page méthodologique, révision début 2026. Méthode documentée.
- HM Government, National Risk Register, édition 2025 et méthodologie d’évaluation. Référentiel institutionnel.
- FEMA, Community Lifelines et FEMA, Incident Stabilization Guide, version de travail, novembre 2019. Doctrine opérationnelle.
- IPC, manuel technique version 3.1, FAO, 2019 et FEWS NET, présentation de l’IPC. Méthode documentée.
- Sphere Association, manuel Sphère, édition 2018. Normes humanitaires.
- OMS, gradation des urgences, cadre d’intervention d’urgence, édition 2.1, 2024. Doctrine opérationnelle.
- Préfecture de Corse, les plans de secours et IRMA, Risques Infos n° 22, le dispositif ORSEC ; loi n° 2004-811 du 13 août 2004 et décret n° 2005-1157 du 13 septembre 2005 relatif au plan ORSEC. Doctrine opérationnelle.
- ISO 22301:2019, systèmes de management de la continuité d’activité, amendement 1:2024, et ISO 22300:2025, vocabulaire. Normes, texte payant.
- ACLED, présentation de l’indice des conflits. Données et méthode documentée.
- Dmitry Orlov, The Five Stages of Collapse: Survivors’ Toolkit, New Society Publishers, 2013, et son compte rendu sur Resilience.org. Modèle théorique, essai.
- Sénat, rapport d’information n° 647 (2009-2010) sur les conséquences de la tempête Xynthia, Alain Anziani, juillet 2010. Source officielle.
- FERC, rapport final sur le gel de février 2021 au Texas. Source officielle.
- Texas Department of State Health Services, rapport de mortalité de la tempête hivernale de février 2021. Source officielle.
- Rhodium Group, analyse de la panne de Porto Rico, 12 avril 2018. Analyse privée.
- Université George Washington, estimation de la surmortalité après l’ouragan Maria, août 2018. Étude scientifique commandée par le gouvernement de Porto Rico.
- Indice de Rupture de Normalité v0.1 : proposition originale de SEAB RAISE, novembre 2026. Ni norme ni méthode validée.



