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Ce qui a manqué

Silhouette d'un homme assis près d'un brasero allumé, la nuit, devant une maison en pierre éclairée, un chien assis à droite.

J'ai lu un témoignage de Bosnie qui circule depuis des années. Un homme raconte comment sa famille a tenu un an, à partir de 1992, dans une ville de 60 000 habitants encerclée. Sans électricité, sans eau courante, sans carburant, sans hôpital qui fonctionne. Le texte est anonyme et je ne peux pas tout vérifier. Il est dur, parfois cru.

Une bonne partie parle de violence. Je la laisse de côté. Je garde ce qui touche à la maison, et qui vaut pour n'importe quelle coupure qui dure.

L'eau

Deux membres de sa famille sont morts de maladies liées à l'eau. Ils buvaient surtout l'eau de pluie, récupérée dans quatre gros tonneaux et bouillie. Il y avait une rivière pas loin. Elle est vite devenue trop polluée.

Il insiste sur ce qu'on oublie : les contenants. Des tonneaux, des seaux, de quoi stocker et de quoi porter. Les quantités et la rotation, je les ai mises dans ma fiche mémo sur les réserves d'eau.

Le froid

Les arbres de la ville ont brûlé en moins de deux mois. Ensuite les meubles, les portes, le parquet, les cadres de fenêtres des maisons vides. Ce bois-là part vite.

J'en parlais dans Le bois avant l'hiver : en hiver, il est trop tard. Lui le dit avec un parquet arraché.

Silhouette d'un homme assis près d'un brasero allumé, la nuit, devant une maison en pierre éclairée, un chien assis à droite.

L'hygiène avant la nourriture

Pour lui, le manque d'hygiène a tué plus que la faim. Il met le savon, la javel, les gants et les sacs poubelle avant la nourriture. Des sacs poubelle en énorme quantité, il le répète. Des assiettes et des gobelets jetables aussi : ils n'en avaient pas, et il s'en souvient.

Les toilettes, c'était une pelle et un bout de terre près de la maison. Il dit que c'était aussi sale que ça en a l'air.

Ce qu'on sait faire

Il était infirmier. Ses connaissances, dit-il, ont été son argent. Il avait une bouteille de gaz qu'il ne brûlait pas. Il l'avait bricolée pour recharger les briquets des autres, contre une conserve ou une bougie. Un voisin savait fabriquer le combustible des lampes. Celui-là n'a jamais eu faim.

Les stocks finissent par s'épuiser. Ce qu'on sait réparer reste. Les chaussures ou les gens, écrit-il.

Seul, on ne tient pas

C'est le fil de tout le texte. Seul dans une maison, on ne dure pas. Ils étaient quinze sous le même toit, organisés avec les voisins de la rue, et ils échangeaient entre eux.

Ils n'avaient aucune information non plus. Pas de radio, pas de télévision, des rumeurs. Beaucoup sont morts en sortant aux nouvelles. La communication fait partie de ce que je prépare. Mon neveu apprend déjà la radio, avec nos talkies.

Les petites blessures

Beaucoup sont morts de blessures banales qui se sont infectées. Une diarrhée sans eau propre ni médicaments peut tuer en quelques jours, surtout un enfant. Ils ont eu des maladies de peau, des intoxications alimentaires, et presque rien pour les soigner.

Rien ici ne remplace une formation. Pour apprendre les gestes, le PSC1 est un bon début, avec un formateur.

Quelques jours avant, à la télévision, on répétait que tout allait bien. Ils ont pris ce qu'ils pouvaient.


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