Depuis 2022, la guerre en Ukraine a donné au drone une place que personne n'avait vraiment prévue. Petit et peu coûteux, produit en masse, il a changé la manière de se cacher et de frapper. Les retours d'expérience de ce front, les retex, circulent dans toutes les armées. Les unités d'élite sont souvent les premières à s'en servir.
Ce que la guerre en Ukraine a appris sur les drones
Le premier constat tient en une phrase : le champ de bataille est devenu presque transparent. Un drone d'observation reste au-dessus d'une zone, et ce qui bouge est repéré, transmis, puis frappé, parfois en quelques minutes. Se cacher veut dire se cacher aussi de la caméra thermique.
Le second, c'est le drone FPV. Un appareil proche des drones de course, piloté avec un casque vidéo, qui emporte une charge. Il a donné à de petits groupes une capacité de frappe qui demandait autrefois de l'artillerie.
Chaque avancée appelle une réponse. Le brouillage a coupé les liaisons radio, alors sont apparus des drones guidés par fibre optique, insensibles au brouillage. Un modèle efficace au printemps peut être dépassé à l'automne. L'Ukraine a fini par créer une composante de ses forces armées dédiée aux systèmes sans pilote.
Sur ce front, un manuel vieillit en quelques mois.
Les unités d'élite prennent des notes
Les forces spéciales travaillent en petit nombre, loin des appuis. Le drone leur apporte ce qui leur manquait : des yeux au-delà de la colline, et une frappe sans attendre personne. Aux États-Unis comme en Europe, les armées poussent les drones jusqu'au plus petit échelon. En France, l'armée de Terre forme ses propres télépilotes de drones FPV.
L'autre leçon est moins confortable. Ce qui sert à chasser sert aussi à être chassé. Une équipe repérée par un drone est une équipe exposée. D'où le retour de vieilles règles : se disperser, bouger de nuit, soigner le camouflage, enterrer ce qui doit l'être. Brouilleurs portatifs et armes à grenaille ont rejoint l'équipement contre les drones.
Le fond ne change pas pour autant. Il faut toujours des hommes entraînés, capables de tenir sous pression et de tirer juste. Ce qui a changé, c'est qu'ils doivent désormais lever les yeux.